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Repères biographiques

« On le sait, la sculpture a été le puissant révélateur du plus ou moins grand éclat des nations, mais le révélateur par excellence. » - Louis Leygue

Louis LEYGUE est né le 25 août 1905, à Bourg En Bresse, dans le petit hôtel de voyageurs tenu par ses grands-parents maternels, non loin de l'église de Brou. Son père, Centralien, employé de chemin de fer, était originaire de Moissac, son grand-père paternel, photographe. Ses premières émotions artistiques datent de ses séjours auprès de son grand-père. Ses parents demeurant à Alfortville, le jeune Louis poursuit ses études à l'école primaire puis au Lycée Charlemagne à Paris.

1921 - Il est remarqué par son professeur de dessin pour son aptitude exceptionnelle. Il prend part, à tout hasard, au concours d'entrée à l'Ecole Germain Pilon. Reçu premier, il entre dans cette école et travaille avec le sculpteur WLERICK.

1923 - Il décide de se présenter au concours d'entrée de l'Ecole Supérieure des Arts Décoratifs. Il est encore reçu premier de sa promotion. Ses succès lui permettent d'être accepté dans l'atelier du sculpteur COUTAN à l'Ecole Nationale des Beaux Arts.

1924 - Un voile au poumon l'oblige à interrompre ses études de sculpture pendant deux ans.

1926 - Louis LEYGUE reprend les séances à l'atelier COUTAN puis avec SICARD réputé parmi les sculpteurs de l'époque pour ses oeuvres monumentales. C’est avec lui que Louis LEYGUE apprend la technique particulière des sculptures de grandes dimensions.

1928 - Interruption due au service militaire fait dans l'aviation à Dijon.

1929 - Rentré à PARIS, Louis LEYGUE retourne à l'Ecole des Beaux Arts. LANDOWSKI a remplacé COUTAN et devient son maître.

1930 - Il se présente au concours éliminatoire entre les dix concurrents du Prix de ROME. Nouveau succès, le sujet de cette année est le "Tireur à l'arc" à exprimer en ronde-bosse. Bien que son oeuvre soit très remarquée, il n'obtient pas le Prix.

1931 - Il se représente et est admis premier pour traiter en bas-relief le sujet traditionnel "Le Héros et les Jeunes Filles" qu'il interprète dans l'esprit des légendes romantiques allemandes ce qui le distingue des autres. Le Grand Prix lui est attribué à l'unanimité du Jury. Cette consécration était grandiose puisqu'elle consistait en un séjour de trois années à la Villa MEDICIS où se trouvaient réunis, architectes, sculpteurs, peintres, graveurs et musiciens. Mais il tombe malade à nouveau.

Atelier

1932 - Parti pour ROME, il revient à Naveil (Loir-et-Cher) pour épouser le 22 septembre 1932, sa camarade d'Ecole des Beaux-Arts, Marianne COCHET. Ce lieu occupera une place importante dans la vie du ménage. Louis et Marianne y trouveront toujours le bonheur. Leurs deux fils y naîtront. Ce fut aussi un point de rencontres pour beaucoup d'amis et d'artistes. Plus tard, ils y créeront un musée qu'ils offriront à la ville de VENDOME.

Le jeune couple regagne ROME et la Villa MEDICIS. Il fait des bustes et exécute les différents travaux "imposés" parmi lesquels un grand Nu qui sera coulé en bronze, acquis par l'Etat français en 1935 et actuellement au Musée de MENTON.

1933 - L'Ambassadeur Charles ROUX lui commande une copie du "bossetto" ou « maquette du LOUIS XIV équestre du BERNIN ». Cette copie est destinée au Palais Taverna à ROME et une réplique en sera déposée au Musée du château de VERSAILLES. Cette mission inattendue met le sculpteur en contact avec le Baroque et il en sera profondément influencé.

1935 - Sous l'égide de l'Ambassade de France à ROME, Louis LEYGUE étudie un monument pour l'ossuaire des mille soldats français tombés sur le Piave, au nord de VENISE. Une énorme masse de pierre dure de soixante mètres cubes sera taillée directement au pied des montagnes avec des ouvriers locaux et dans des conditions climatiques très rudes; elle représente une Française et une Italienne tenant sur leurs genoux le cadavre d'un soldat français. Derrière ce groupe, un mur long de quatre vingt huit mètres, contient les mille bossages représentant les mille sacrifiés. Ce monument est la première collaboration du sculpteur avec un architecte, Camille MONTAGNE, également grand Prix de ROME. L’œuvre sera inaugurée en 1937.Il convient de noter que Louis LEYGUE n'a touché aucune rétribution, pour cet ouvrage.

1936 - Le jeune ménage s'installe dans un atelier d'artistes "espace vert" dans le XVIème arrondissement de PARIS.

1937 - L'Exposition Internationale de PARIS, sous le titre "ART ET TECHNIQUES", occupait un espace immense au cœur de la ville, réunissant par le pont du Trocadéro, élargi pour la circonstance, deux vastes espaces : la Colline de Chaillot avec son Palais reconstruit à cette occasion, couronnant la colline du Trocadéro et, sur l'autre rive, le vaste Champ-de-Mars et la Tour Eiffel. Tous les sculpteurs de l'époque ayant été invités à participer à la décoration intérieure et extérieure sous forme de bas et hauts-reliefs encore visibles aujourd'hui, Louis LEYGUE, qui venait juste de rentrer de ROME, ne se vit attribuer que la présence temporaire d'une statue féminine monumentale symbolisant "….. » devant l'entrée du Pavillon de l'Enseignement, architecte Eric BAGGE.

1938 - L'architecte Eugène BEAUDOUIN, également Grand Prix de ROME reçoit pour mission d'édifier à OTTAWA le bâtiment de l'Ambassade de France au CANADA et charge Louis LEYGUE de concevoir et réaliser un décor mural sculpté en stuc polychrome destiné à encadrer une tapisserie des Gobelins du XVIIème siècle, représentant le triomphe de CONSTANTIN. En une fresque magistrale et gaie, Louis LEYGUE sut lier l'Ancien Testament concrétisé par Adam et Eve, Abraham, le petit David, l'Amour Profane, l'Amour Sacré, la Victoire engendrant l'Abondance, la Paix figurée par une frêle jeune fille drapée dans un voile d'espérance. Passant, avec une maîtrise absolue, de l'art médiéval à l'envolée du mouvement littéraire du XIXème Siècle. Il séjourne un an et demi pour exécuter cet ouvrage exceptionnel où il révéla parfaitement ce grand esprit créatif qu'il développera tout au long de sa carrière.

1939 - Rentré en France peu de temps avant la déclaration de guerre, il n'est pas mobilisé et élabore le projet de fabriquer son "Triptolème" en fer, oeuvre qu'il ne pourra réaliser qu'en 1950, son âge du métal.

1940 - L'artiste sans travail, donne des leçons de dessin dans les écoles primaires.

1941 - La société RHÔNE-POULENC demande à Louis LEYGUE d'exécuter deux sculptures en bois, pour son église de SAINT-AUBAN (Basses-Alpes) alors en zone libre. Pendant ce temps, l'atelier est prêté par le ménage à des amis affiliés à un réseau de Résistance. Ceux-ci sont dévoilés et arrêtés par la Gestapo. A son retour, Louis LEYGUE est arrêté lui aussi et mis au secret à FRESNES puis en Allemagne. Après dix mois d'isolement il est transféré dans un camp de déportation. Il a la chance de faire partie d'une centaine de rapatriés. Il est malade et a perdu trente trois kilos.

1943 - Obligé au repos pour plusieurs mois, l' artiste ne peut entreprendre que de petites études ou des dessins. Il obtient une autorisation pour aller dessiner au Musée RODIN. Fasciné depuis son plus jeune âge par les chevaux, il se rend dans les écuries de la Garde républicaine ainsi que quotidiennement au très select Club de Polo du Bois de Boulogne, pour les dessiner et en étudier les mouvements.

Louis Leygue

1945 - Un poste devient vacant à l'Ecole nouvelle des Beaux-Arts. Louis LEYGUE est nommé Professeur Chef d'atelier de sculpture. La galerie de BERRI présente, la première, ses dessins de nus et ses petites sculptures.

1945 - Une autre exposition rassemble des dessins et sculptures de chevaux.

1947 - A partir de ce moment, une série de travaux se rapportant à l'architecture va donner au sculpteur l'occasion de se manifester à nouveau sous l'angle du monumental notamment dans de nombreux groupes scolaires à travers la France.

1948 - Le Comité des Déportés de NANTUA cherche un sculpteur pour ériger un monument en souvenir des Résistants du Département de l'Ain. Louis LEYGUE, désigné, choisit un emplacement au bord du lac, compose et exécute son Gisant. Il érige un énorme sarcophage de pierre écrasant un personnage décharné. Grâce à une excavation discrètement pratiquée au centre de la partie supérieure du tombeau, la lumière venant du Ciel, irradie le "Gisant". Louis LEYGUE est considéré par les architectes comme un novateur dans l'introduction de la sculpture dans l'architecture.

1950 - Le village de NAVEIL va devenir le lieu de recherches et de travaux pour le sculpteur qui s'adonnera désormais à l'art du métal. Dans la forge locale devenue le complément de son atelier, Louis LEYGUE réalise enfin, grandeur nature, le TRIPTOLEME auquel il songeait depuis longtemps. Cette oeuvre sera acquise plus tard par la ville de PARIS. Parallèlement, l'artiste fait des recherches plastiques sur le thème de l'Homme persécuté et des malheurs de la guerre.

1951 - Les commandes de sculptures architectoniques et les créations personnelles alternent. "L'Enfant Martyr", le monuments aux Morts de THANM, le plafond de la Salle des Traités au Quai d'Orsay, "Le Grand Cheval de cuivre", les études pour une statue équestre de Rochambeau, "Le Pêcheur au carrelet", le motif en fer et en bronze pour le lycée de LISBONNE. En 1953, Louis LEYGUE crée son "Prisonnier Politique inconnu", retenu pour être présenté à LONDRES.

1954 - Louis LEYGUE est nommé professeur à l'Ecole Normale Supérieure d'Enseignement Technique. Le gouvernement de la Côte d'Ivoire ouvre un premier concours pour deux cariatides monumentales, en bois, destinées à la Cour d'Assises d'ABIDJAN. Son projet est retenu. Il consiste en deux grands blocs d'Iroko bardés de cuivre de six mètres de hauteur que Louis LEYGUE exécute à NAVEIL puis qu'il convoiera en AFRIQUE pour leur mise en place. Nouveau concours et nouvelle commande pour les grands bas-reliefs en béton pour l'Hôtel de Ville d'ABIDJAN. Il lui est ensuite confié la conception d'un monument haut de vingt-quatre mètres destiné à la tête du pont d'ABIDJAN : "Jeune Afrique".

1955-1956 - Entre deux voyages en Afrique, le sculpteur participe à l'importante exposition d'un groupe restreint : "Poétique de la Nature" organisée par André CHAMSON, au Musée Galliéra L'oeuvre monumental du sculpteur va en s'affirmant avec le "Phenix" de l'Université de CAEN, architecte Henry BERNARD, (bronze hauteur 8 mètres); le "Lion colossal" de CACHAN (pierre, longueur 4,60 mètres), "L'Homme dans l'Univers en Expension" (Lycée Clémenceau de REIMS, cuivre hauteur 10 mètres).

1958 - Les créations comme le "Minotaure", le "Cortège", l'"Oiseau-Harpe" et plusieurs bustes sont les expressions spontanées que l'artiste juge nécessaire en dehors des commandes.

1960 - Poursuite des travaux adaptés à l'architecture et au site. Ce sont, après "La Main de Prométhée" (cuivre et bronze), "L’Arbre de la Science" à SAINT-DIE (cuivre) et "Le Grand Cervidé" (1961 cuivre) qui ne sera définitivement acquis par la ville d'ORLEANS, pour le parc de La Source, qu'en 1969. Autre commande importante pour l'Ecole des Arts et Métiers de PARIS : un énorme "Taureau révulsé" en cuivre domine l'entrée de l'amphithéâtre en sous-sol. Suivent deux autres études de taureaux, très différentes, en bronze et de petites dimensions.

1962 - La Maison de la Radio à PARIS se termine et ses architectes Henry BERNARD et Jean NIERMANS, demandent à Louis LEYGUE de décorer le grand auditorium symphonique. Il s'agira de deux vastes compositions pariétales (20 mètres x 10 mètres deux fois) "Les Bruissements de la forêt" et "Les Rumeurs de la ville" ainsi que le soubassement des grandes orgues.

1964 - Toujours dans la veine monumentale , ces cinq années verront naître des créations fort différentes réalisées en matériaux divers. Le dessin reste toujours sa passion permanente. Réalisation de centaines de croquis grâce à l'accueil enthousiaste de Daniel et Alec WILDENSTEIN qui l'emmènent fréquemment aux séances d'entraînement de leurs chevaux à MAISONS-LAFFITTE. Parallèlement, il s'intéresse également à la danse. Il fréquente les studios où les meilleurs danseurs vont s’entrainer.

1966 - Louis LEYGUE réalise les éléments du culte de l’Eglise des ROTTES en construction à VENDOME, autel, tabernacle, etc. auxquels l'artiste ajoute personnellement une large composition murale qu'il peint, par tramées noires sur une toile écrue : "Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse'. Inspiré par la première transplantation cardiaque, il crée "Le Don Du Cœur".

Academicien

1969 - Production de trois oeuvres extrêmement variées : la fontaine du quartier de La Balance à AVIGNON, (pierre du Pont du Gard) ;"L'Envol" à DIJON (fleuron de béton, Haut 7,50 m) et "Le Bovidé" à COUTANCES (marbre noir de LOLVERNE, longueur 3,60 m). Louis LEYGUE est élu Membre de l'Académie des Beaux-Arts.

1971 - Près de vingt ans après le "Grand Cheval", dix ans après le "Grand Cervidé", huit ans après le "Grand Taureau révulsé" dit "L’Ignorance foudroyée", Louis LEYGUE reprend le cuivre rouge pour traduire les courbes amples et sinueuses d'une grande fontaine (4,50m x 5m x 8,60m) qui ornera le parvis des tours AQUITAINE et EUROPE à LA DEFENSE - PARIS. La fontaine est installée en 1972 et son nom "Les Corolles du jour" sera désormais, écourté, celui de la place qu'elle décore et du quartier.

1972 - Entre ces oeuvres monumentales, l'artiste crée des bronzes de petites dimensions : une série de quatre centaures, des personnages tels que "Les Bois", "La Source", "Le Destin", "La Porteuse Noire", "Le Nuage". Puis apparaissent les chevaux, montés ou non : "Le Nerveux", "Le Jockey au Départ", attelés ou non, avec cinq ou six jambes, cuivre ou bronze "Le Trot Attelé".

1977 - Nouvelles commandes de l'Education nationale pour certains établissements scolaires.

1978 - Parmi la diversité de toutes ces créations, un Christ en bois de tilleul, dont la maquette est au Château de BLOIS, nous rappelle que Louis LEYGUE a souvent été aussi inspiré par l'art religieux. Notons que depuis une dizaine d'années, le sculpteur est sollicité par La Monnaie de PARIS pour la création de plusieurs médailles commémoratives ou symboliques. Quelques uns de ses confrères et amis lui demandent de réaliser leur épée d'académicien. Par ailleurs, l'artiste s'est adonné à la gravure. En 1973, une exposition lui avait été consacrée par la "Gravure Originale" sur les thèmes des chevaux et des danseurs. L'Académie d'architecture lui décerne sa Grande Médaille des Arts Graphiques.

1982 - La société d'autoroute LORRAINE-BOURGOGNE lui demande de rechercher une grande composition pour le plateau de LANGRES : c'est le "Soleil" (acier inoxydable H. 15m x L. 5m x Ep. 4,50m) inaugurée en 1983.

1985 - Agrandissement et fonte du "Cavalier Tombé". Mise en place devant l'Hôtel de Ville de VENDOME.

1986 - Donation importante d’œuvres au Musée de Vendôme. Création de l’Atelier Musée de NAVEIL.

1987 - Un voyage en Bretagne, lui inspire "Le Phare Englouti" (bronze, 0,64m x 0,20m x 0,24m).

1990 - Apothéose et maîtrise totale de 1a technique du bronze avec "Le Cheval sans cavalier" et le dernier couple de chevaux "Maschio e Femina". De ses nombreux voyages en Afrique, Inde, Egypte, Mexique, Iran, Louis LEYGUE a toujours rapporté des moissons de croquis, colorés ou non, d'une saisissante acuité.

2 mars 1992 - Décès de Louis LEYGUE .

16 octobre 1999 - Inauguration du monument "Le Prisonnier politique" à Bourg-En-Bresse. Maquette créée en 1953 par Louis Leygue agrandie à échelle monumentale par Jean Happ.