Discours de Louis Leygue

Extrait du dis­cours pro­noncé par M. Louis LEYGUE

Notice lue , pour la récep­tion de M. Jean CARDOT à l’occasion de son ins­tal­la­tion comme membre de la Sec­tion Sculp­ture lors de la scéance publique du 27 mars 1985 tenue par l’Académie des Beaux-Arts pré­si­dée par M. Ray­mond Gal­lois Mont­brun, Pré­sident de l’Académie.

Mon­sieur,

Il existe au fir­ma­ment de l’hémisphère aus­tral un groupe d’étoiles appelé  » l’atelier du sculp­teur « . La dis­po­si­tion des points lumi­neux sur l’immense écran de la sombre nuit, doit sans doute rap­pe­ler des outils: le niveau tri­an­gu­laire, le fil à plomb et le jeu des trois com­pas, si utile au sta­tuaire. On veut le croire, et même on peut en rêver comme en témoigne le navi­ga­teur qui s’endort sur le pont. S’il s’éveille avec le jour en vue de l’Ile de Pâques, ce navi­ga­teur aura des sur­prises en abor­dant. Stu­pé­fiantes, sur­gis­sant d’un sol inculte et non loin des flots, d’énormes masses de pierre ver­ti­cales pré­sentent vers l’infini leur face sans regard. Dans leur impres­sion­nante immo­bi­lité, elles semblent pour­tant ten­dues vers le ciel, lan­cer un appel, peut-être  » émettre » pour  » rece­voir », mais quoi? Doit-on voir dans ces sortes de men­hirs anthro­po­morphes: une offrande, une implo­ra­tion, un défi…? Nul encore n’a su le dire. Pour nous, ces œuvres énig­ma­tiques parlent plus d’instinct créa­teur que de méthodes de tra­vail et  » l’atelier du sculp­teur « , évoqué par les astro­nomes a dû se réduire ici à peu de choses. Quelques éléments frustes, pro­ba­ble­ment une pierre dure apte à enta­mer d’autres pierres moins dures. Ces énormes veilleurs, ces fac­tion­naires pla­cés à la ren­contre de la terre, des eaux et du ciel nous laissent sur le seuil de notre des­tin. Par quel phé­no­mène suis-je amené à pen­ser à eux à pro­pos de votre art? Sans doute parce qu’ils m’impressionnent vio­lem­ment et que, de votre côté vos créa­tions par­fois inquié­tantes trouvent leur expres­sion dans l’inachèvement. Je revien­drai d’ailleurs sur une autre par­tie de votre œuvre, celle de la néces­saire col­la­bo­ra­tion du déci­deur et du sculp­teur, déjà évidente à l’Ile de Pâques, où vous avez magni­fi­que­ment obéi aux exi­gences du moment.(…)